LE CARNET de Madrid.comS'installer, Vivre, visiter Madrid !
Abonnez vous gratuitement à la newsletter
lecarnetdemadrid
Culture

THEATRE: « Las bodas de Figaro » (Le mariage de Figaro) de Beaumarchais

Le Teatro Clásico de Madrid présente, du 3 au 26 février, la comédie de Caron de Beaumarchais, « Le mariage de Figaro » (« Las bodas de Figaro »). Une version excellente, faite en espagnol, que nous vous conseillons vivement. La raison : la mise en scène brillante, amusante et fidèle au texte originel de l´acteur catalan LLuis Homar. L´artiste rend hommage, avec cette pièce, aux 40 ans de la Compagnie catalane Lliure, un référant incontournable du théâtre espagnol, qui présenta déjà en 1989 cette même version.

Le spectacle de Lliure met l´accent sur des éléments caractérisant l´essence du jeu théâtrale classique, tels que la générosité, l´intelligence, l´amour et l´esprit de service au public. Le résultat est une comédie rythmée et drôle. Ecrite en 1778, la pièce de Beaumarchais montre les bassesses de la noblesse, trop attachée à ses privilèges, malgré la période mouvementée qui se profilait. Intrigues amoureuses, quiproquos, lutte de classes et rivalité entre les sexes.

Carmen Pineda

 

THÉATRE : La jaula de grillos (la cage aux folles)

Si vous avez aimé la pièce de Jean Poiret et le film tout aussi mythique avec Michel Serrault et Ugo Tognazzi, voici la version espagnole. L´histoire conserve l´essence de l´œuvre de Poiret.  Alvin et Cesar sont un couple d´homosexuels qui découvrent avec stupeur, que Josean, le fils du second, va se marier avec la fille d´un homme politique ultraconservateur. 
Un spectacle musical amusant et bariolé qui vous plongera dans l´ambiance fêtarde du cabaret et du monde des « drag queens ».  
Un très bon moment.

Carmen Pineda

 

Théâtre : Edith Piaf. Taxidermia de un Gorrion

Edith Piaf, Taxidermie d'un piaf, présentée par la compagnie théâtrale Kulunka a voulu rendre hommage à l'une des plus grandes chanteuses du XXème siècle.
La pièce raconte une rencontre imaginaire entre Camille Shultz, journaliste, photographe d'animaux, et Edith Piaf.
L'interview de Camille à Edith devient une véritable dissection sur les origines, la nature et le besoin de croire aux mythes. Un voyage émotionnel à travers les évènements qui ont produit la montée et la chute de la diva. Une diva qui fut une déesse, une géante mais qui avait, malheureusement, des pieds d'argile, comme le prouva sa triste mort. Deux excellentes actrices, Garbiñe Insausti (Piaf) qui chante les meilleurs morceaux d´Edith Piaf et Lola Casamayor (Camille), accompagnées de l´acteur Alberto Huici sont les protagonistes de cette pièce ironique, amusante et dramatique, que nous vous conseillons vivement.

 

Carmen Pineda

 

THEATRE: « NON SOLUM » avec Sergi López

L´acteur Sergi López (« Western », « Harry, un ami qui vous veut du bien », « Potiche ») est le protagoniste de la pièce « Non solum » qui sera représentée, à Madrid, du 11 au 15 janvier au Théâtre del Barrio, en plein cœur du quartier de Lavapies. « Non solum » est une comédie qui s'interroge sur l´existence : Qui sommes-nous ? Que se passe-t-il dans le monde?...
Un homme se dédouble pour nous parler du sens de la vie avec humour.  Une très belle pièce, parfaite pour les amateurs de théâtre intelligent et profond et, surtout, idéale pour les admirateurs de l´acteur catalan.

Carmen Pineda

 

THEATRE : Famélica. La révolution est en marche !

 

Juan Mayorga fait partie de ces dramaturges contemporains dont l’Espagne peut s’enorgueillir car rares sont de nos jours les œuvres théâtrales qui provoquent une réflexion intéressante. Ainsi en est-il de Famélica ! Dans cette pièce, Juan Mayorga se penche sur les utopies. Un parti secret, les Faméliques, se crée au sein d’une grande entreprise. Antonio, le chef de ce parti au nom des plus étranges, recrute ses membres parmi les employés qui montrent des signes d’ennui à leur travail. Il leur propose alors de faire semblant de travailler, pour consacrer entièrement, leurs heures de travail, à leurs loisirs. La chose est d’autant plus facile dans une entreprise qui gère des milliers de fichiers et où tous les clients sont identifiés par des numéros. Les dossiers anonymes peuvent ainsi rester en souffrance dans la plus grande impunité et Les Faméliques se développer sans risque. Ils ont tout le temps de lire Le capital de Marx et d’en extraire les meilleures idées pour leur parti comme l’élimination des classes sociales et le partage des biens. « Nous devons faire comme les chinois mais à l’envers. Eux ont introduit le capitalisme dans le communisme; nous, le communisme dans le capitalisme », explique Antonio magistralement interprété par Xoel Fernández. L’acteur s’est, en effet, forgé un magnifique personnage qu’il tient avec maestria du début à la fin de la pièce.  
Ce parti révolutionnaire néocommuniste, symbole d’une nouvelle lutte sociale, reprend également à son compte l’air de l’Internationale mais avec leur propre parole : « …En pie, famélica legión… ». Les Faméliques ne sont qu’une poignée, mais voilà, comme cela se passe souvent dans tout parti, des ramifications se créent. L’une d’elle les Anarchistes a pour but de détruire l’entreprise et d’affaiblir les Faméliques en ralliant à leur cause certains de leurs membres. C’est sans compter avec un troisième parti occulte qui veut lui aussi prendre le pouvoir. Cela crée un bel imbroglio dans lequel on y perd son latin.
Juan Mayorga a construit sa pièce sous forme de comédie vaudevillesque avec des retournements de situation incroyables et des portes qui claquent. Mais là s’arrête la ressemblance avec le vaudeville car la pièce de Juan Mayorga fait partie de ces textes intellectuellement brillants qui abordent des thèmes de société sous un angle original. 
Quant au Teatro del Barrio, il compte parmi les rares scènes madrilènes qui militent pour un théâtre de réflexion. C’est le cas de Famélica, mais aussi d’ El Rey qui s’interroge sur le rôle joué par la démocratie en Espagne durant ces quarante dernières années ou encore de 40 años de paz, bientôt à l’affiche, qui traite de l’influence de l’Histoire avec un grand H dans l’histoire espagnole. On aimerait que ce genre de théâtre militant soit plus présent dans l’univers théâtral. La vocation première du théâtre n’est-elle pas, en fin de compte, de produire une réflexion chez les spectateurs ?  

Sabine Fresno
 

 

THEATRE : Battlefield de Peter Brook. Un concentré majestueux du Mahabharata

 

Trente après la mise en scène du grand poème épique indien au festival d’Avignon, Peter Brook se penche à nouveau sur la Mahabharataet reprend l’épopée là où il s’était arrêté. « La guerre est fini » ! 
Cette première réplique de la pièce, résonne lugubrement. Une guerre fratricide vient de décimer des milliers de Pandavas et de kauravas, tous issus de la famille des Bharata. Le vainqueur découvre alors que son rival n’était autre que son frère aîné et que ce dernier l’a laissé gagner pour en finir avec les massacres.
Peter Brook veut dénoncer avec cet épisode de la Mahabharata, l’obscurantisme, le fanatisme et la violence qui déchirent notre monde. Dans Battlefield, la victoire a le goût amer de la défaite. Comment en effet retrouver la paix intérieure après avoir perdu fils, cousins, amis et alliés ? Pas de Pathos ni d’émotions chez Peter Brook mais de la précision et du raffinement. Ces quatre comédiens, soigneusement sélectionnés, jouent avec une sobriété et une justesse conformes aux instructions de ce grand maître zen du théâtre.
A 90 ans passés, Peter Brook a atteint la quintessence de son art. Cet adepte de « l’espace vide » a su le peupler de voix justes,  sans fioriture. Du grand art ! Par ailleurs, les costumes sobres et amples n’entravent pas le corps des acteurs. Est-ce cette liberté du corps qui rend leur jeu si fluide, tellement naturel qu’ils semblent jouer sans jouer, dans une lumière magnifiquement brookienne ? Subtilement orangée, celle-ci oscille entre le jaune du soleil, symbole de la vie, et le rouge du sang et de la mort. Aucun détail n’est laissé au hasard dans le théâtre de Brook qui contient tous les éléments de la perfection : ses acteurs africains renvoient à la grande tradition orale des conteurs, son comédien irlandais porte en lui l’illustre patrimoine shakespearien et Toshi Tsuchitori, son musicien de toujours, incarne le summum de l’art théâtral japonais. Battlefield commence et finit au son de son tambourin, circulaire comme le disque solaire. Les tapotements s’éteignent lentement, délicatement, doucement, avec deux doigts puis un doigt, laissant le spectateur à ses réflexions.
Pour Peter Brook, « le théâtre, c’est la possibilité pendant une heure ou deux, dans un lieu de concentration, avec le public, de rentrer dans une expérience partagée, pour que chacun sorte nourri dans sa propre réflexion. Quand on regarde les informations, on est en colère, plein de dégoût, furieux, mais au théâtre on peut traverser tout ça et en sortir plus confiant, plus courageux, en se disant qu’on peut faire face à la vie ». Merci, Monsieur Brook, de nous redonner, par votre théâtre, confiance en la vie.  
 
Sabine Fresno
 

 

THEATRE :

 

Ce pourrait être une question pour un devoir de philosophie mais ça ne l’est pas bien qu’elle soit terriblement d’actualité. Cette question, Bertolt Brecht se la pose en 1937. Le dramaturge allemand prend sa plume pour protester contre la politique de non-intervention des démocraties occidentales vis-à-vis de la guerre civile espagnole. Brecht rêve d’un monde où hommes et femmes se soulèveraient contre toute forme d’oppression que ce soit le franquisme en Espagne, le fascisme en Italie ou le nazisme en Allemagne. Son théâtre est clairement engagé pour faire réagir les spectateurs. Il veut qu’en sortant de la salle, ils prennent les armes pour défendre leur liberté. Ce qui lui fait écrire cette phrase impitoyable : « Nos défaites d’aujourd’hui ne prouvent rien, si ce n’est que nous sommes trop peu dans la lutte contre l’infamie, et de ceux qui nous regardent en spectateurs, nous attendons qu’au moins, ils aient honte.»
Le metteur en scène Antonio Díaz Florián, fondateur du Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie a décidé de monter cette pièce d’un acte de Brecht comme du théâtre dans le théâtre. Il imagine qu’une brigade de combattants franco-belge joue, un soir de bombardement ennemi, Les fusils de la mère Carrarà leurs camarades républicains pour leur redonner du courage. 
La mère Carrar ressemble beaucoup à Mère Courage, l’héroïne d’une pièce de Brecht écrite en 1938. Toutes deux font preuve d’un caractère bien trempé et font tout pour éviter que leurs fils prennent les armes. L’une vit de plein fouet la guerre civile espagnole et l’autre la guerre de trente ans. Malheureusement toutes les guerres se suivent et se ressemblent. Malgré les efforts de Mère Courage, la guerre prendra tous ses enfants et ainsi en sera-t-il du fils aîné de Teresa dite la mère Carrar. Parti pêcher en mer, il sera tué sans raison par un patrouilleur maritime. Mort pour mort il aurait mieux valu qu’il se batte pour la République sous-entend le texte de Brecht. 
Face à une telle injustice, Teresa, réagit. Jusqu’à présent, elle était restée sourde aux suppliques de son frère qui lui réclamait ses fusils. Elle les avait cachés à la mort au combat de son mari, pour éviter le même  sort à ses enfants. Mais son fils aîné est mort pour rien. Elle décide alors de les sortir de leur cachette pour contribuer, à son tour, à la lutte contre les nationalistes. N’est-il pas, cependant, regrettable d’attendre qu’un malheur arrive pour prendre les armes contre l’oppresseur ? 

Sabine Fresno

 

THEATRE : Así que pasen cinco años. Défi relevé avec brio par la Cie Atalaya

 

Lorca qualifiait sa pièce Así que pasen cinco años de « théâtre impossible » à cause de son langage métaphorique et symbolique. Mais il assurait aussi que dans 50 ans les metteurs en scène sauraient la monter. Il avait raison, en 1986, 50 ans après l’écriture de sa pièce, Ricardo Iniesta la met en scène avec succès. « Cette œuvre fut notre baptême théâtral, avec elle nous avons abandonné le théâtre de rue et sommes montés sur scène. Elle nous a permis d’être connus dans toute l’Espagne. », raconte Ricardo Iniesta. 
Aujourd’hui, il propose une nouvelle version de la pièce avec une équipe différente mis à part son égérie Carmen Gallardo. Elle interprète brillamment la comtesse déchue. Elle s’était également fait remarquer dans le rôle de Mère Courage l’année dernière. Les autres acteurs s’en sortent aussi haut la main. Pourtant le langage onirique de Lorca ne leur a pas facilité la tâche. Mais dans leur bouche les phrases prennent tous leurs sens. 
Pour accompagner ce langage surréaliste Ricardo Iniesta crée un univers onirique. Il s’inspire du scénographe Meyerhold notamment pour les escaliers s’élevant vers le ciel. Il puise aussi dans le cirque en déployant, entre deux escaliers, un tissu aérien dans lequel s’enroule la Fiancée. Dans la théorie freudienne des rêves, l’action de monter un escalier signifie le coït. Une extase que n’atteindra jamais le protagoniste principal de l’œuvre dit le Jeune. Lorca parle de l’amour reporté, idéalisé et non consommé, du temps perdu à attendre et de l’inexorabilité de la mort qui finira par emporter le Jeune comme elle a emporté Lorca. Le dramaturge est assassiné cinq ans, jour pour jour, après avoir écrit sa pièce dans laquelle l’un des protagonistes dit : « Dans cinq ans, s’ouvrira un puits dans lequel nous tomberons tous ». Cette phrase prémonitoire donne des frissons tout comme la musique inquiétante et l’ambiance ténébreuse et morbide de la mise en scène d’Iniesta. Et pour cause, la mort rôde dans ce drame où un enfant trépassé dialogue avec une chatte morte et où 3 joueurs de cartes, doubles des 3 parques, coupent le fil de la vie du Jeune. Selon Iniesta, tous les personnages proviennent de l’imagination du Jeune et ce dernier serait l’alter ego de Lorca. La pièce baigne dans un songe cauchemardesque sans issue salvatrice. Seule la Fiancée s’en échappe en rompant les liens qui l’unissent au Jeune et en se jetant dans les bras d’un joueur de Rugby. C’est la seule à ne pas vivre dans un rêve et elle le clame fermement, haut et fort : « Ici on ne rêve pas, moi je ne veux pas rêver. »
 
Sabine Fresno

 

THEATRE : Hamlet. Aussi palpitant qu'un thriller !
Hamlet, l’une des plus belles tragédies de Shakespeare, a le vent en poupe ces temps-ci. Toutes les mises en scène et scénographies ne se valent pas mais celle de Miguel del Arco en tournée en Espagne et celle d’Alfonso Zurro à l’affiche du Centro cultural Fernán Gómez sortent du lot. Zurro a collaboré avec le scénographe Curt Allen Wilmer, devenu une icône de la scénographie pour ses propositions audacieuses et originales. Pour Hamlet, Allen Wilmer s’est inspiré de la réplique du jeune prince danois qui compare le royaume du Danemark à une coque de noix dans laquelle il vit confiné. Il a alors imaginé une série de miroirs en arc de cercle tout autour de la scène, enfermant les acteurs dans une prison aux parois de verre poli et métallisé. Les comédiens se reflètent en cinémascope dans cette caverne de Platon où il est difficile de percevoir le réel de l’irréel. De fait, le fantôme du roi qui erre dans le château en quête de justice, est-il une vision de l’esprit ou un revenant bien réel ? Alfonso Zurro le représente sous forme de courant d’air s’engouffrant sous le voile de satin blanc qui recouvre la scène, autre trouvaille ingénieuse d’Allen Wilmer. A chaque moment clé de la pièce, le sol de la scène laisse apparaître dans le feu de l’action, une nouvelle toile : blanche comme la neige du Danemark, noire comme le fratricide de Claudius, l’oncle d’Hamlet, rouge comme le sang versé de Polonius, le conseiller du roi. Sous cette dernière toile ensanglantée se cache une pelouse verdoyante où la douce Ophélie divague toute raison perdue. Elle sera arrachée pour ne laisser sur scène que la terre, celle qui recouvrira les corps d’Ophélie et de Polonius et qui a recouvert celui du brave Yorick, le bouffon du roi. Etre ou ne pas être ? Exister ou ne pas exister ? Tel est le tourment d’Hamlet. Alfonso Zurro a eu la brillante idée de mettre dans les mains d’Hamlet un carnet dans lequel il note toutes ses pensées et qu’il léguera avant de mourir au fidèle Horatio. Cette question existentielle d’être ou ne pas être revient souvent dans la bouche du jeune Hamlet interprété par un Pablo Gómez Pando convaincant. 
La scène où se joue du théâtre dans le théâtre est également étonnante. Alfonso Zurro s’est inspiré du Kabuki pour les costumes et les claves. Ces instruments de percussion marquent les moments clés du texte écrit par Hamlet pour confondre son oncle. Du coup, cet instant crucial dans la pièce en devient plus intense. A partir de là, les morts s’enchaînent jusqu’au final, seul bémol de la mise en scène. A côté des autres scènes d’une grande intensité soulignées par une musique qui ne laisse pas indifférent, la dernière scène est malencontreusement trop théâtrale. Mais cela ne gâche en rien les grands moments de théâtre comme celui où la mère d’Hamlet, la magnifique Amparo Marín, frotte un miroir taché par le sang de Polonius et qui n’est pas sans rappeler Lady Macbeth tentant désespérément d’effacer le sang du roi Duncan de ses mains. Alfonso Zurro a réuni là, fortuitement ou non, les deux plus grandes tragédies de Shakespeare. 
 
Sabine Fresno

 

Théâtre pour la jeunesse : Proyecto Homero : Ilíada / Odisea. Lycéens, ce théâtre est fait pour vous !

 

Enfin une compagnie de théâtre met à la portée de la jeunesse les grands classiques de la littérature européenne. Et avec quelle maestria !
La Joven Compañía
 pourrait en remontrer aux plus grands. Ils sont jeunes, entre 18 et 26 ans, et sont débordants de vitalité et de passion pour le théâtre. Ils sont également superbement dirigés par un metteur en scène des plus prometteurs José Luis Arellano. Il est également l’un des fondateurs de La Joven Compañía, créée en 2012 pour réagir face au 47% de jeunes sans emploi. Aujourd’hui la troupe compte plus de 30 jeunes acteurs. Tous ont la même envie, celle de tout donner sur scène. Hélène, Andromaque, Hector, Achille sont superbement interprétés.
La scénographie est minimaliste : un plateau tournant et une estrade en fond de scène. Aussi, tout repose sur le jeu des acteurs et sur la mise en scène qui comporte de belles trouvailles scéniques. Les scènes de combats sont d’une grande beauté plastique et sont magnifiquement chorégraphiées par Andoni Larrabeiti. Son corps soutient celui des combattants ce qui permet des arrêts sur image intenses. Les deux dramaturges, Guillem Clua pour l’Iliade et Alberto Conejero pour l’Odyssée ont également fait un superbe travail de réécriture. Arellano trouvait intéressant de confronter deux auteurs aux styles très différents « Guillem aime coller à l’actualité avec une touche presque journalistique et est très sensible à l’émotion alors qu’Alberto est plus poétique, plus proche de la mémoire collective et a un côté très lorquien.» Pour avoir vu les deux adaptations, les deux s’enchaînent parfaitement. Arellano a judicieusement relâché dans l’Odyssée la tension contenue dans l’Iliade. En introduisant dans la mise en scène de l’Odyssée un chœur, il relie non seulement les deux histoires mais apporte aussi de la distance et de l’humour. 
José Luis Arellano n’a pas choisi ces deux monuments de la littérature européenne par hasard. Dans une Europe qui vacille de jour en jour sur ses fondations, qui voit sa liberté menacée par des groupes obscurs, il était important de faire entendre la voix d’Homère. Le poète grec clame haut et fort dans l’Iliade l’absurdité de la guerre qui sacrifie sur son autel, pour des prétextes  fallacieux (l’enlèvement d’Hélène), la vérité, la loyauté et l’amour. Quant au récit d’Ulysse, il résonne lugubrement dans cette Europe qui voit s’échouer sur ses rives des milliers de naufragés auxquels Arellano dédie l’Odyssée
La Joven Compañía  a déjà plusieurs productions théâtrales à son actif, toutes de qualité. L’une d’elle, Sa majesté des mouches, a été nominée en tant que meilleur spectacle. La jeune troupe joue désormais dans plusieurs villes espagnoles mais José Luis Arellano a, pour elle, de plus grandes ambitions. Il aimerait que La Joven Compañía sorte des frontières de l’Espagne. On ne peut que le lui souhaiter, car si l’envie lui prenait de présenter son magnifique « Projet Homère » en France, son Iliade et son Odyssée connaitraient, à coup sûr, un grand succès. 

Sabine Fresno

 

THEATRE : Et les poissons partirent combattre les hommes. Un manifeste cru et radical
Angelica Liddell, auteure catalane, porte un regard acide sur notre société. Sa plume coule acérée et sans concession. Emue par les corps de naufragés africains sur les côtes espagnoles, elle écrit en 2008 un texte-manifeste dans lequel elle dénonce l’indifférence de l’Europe et des politiciens. Mais pas seulement la leur, la nôtre aussi : « Ils viennent se noyer aux pieds de nos chaises longues (…) Il va falloir que nous partions plutôt à la montagne ».
L’écriture impitoyable et cynique d’Angelica Liddell se suffit à elle-même. La scénographie, volontairement minimaliste, se compose en tout et pour tout de bâches en plastique diaphane. Mais il n’en faut pas plus pour imaginer les vagues s’échouant sur les plages avec leur lot de corps putréfiés. Ces bâches, dans lesquelles s’enroulent le corps des acteurs, font aussi penser aux linceuls improvisés par les équipes de secours. Adrien Mauduit et Arnaud Agnel, vêtus de noir comme des oiseaux de mauvais augures, se battent contre les éléments et clament leur désarroi à un certain Monsieur la Pute, incarnation des personnes bien-pensantes mais qui n’agissent pas. L’humour noir d’Angelica Liddell claque dans l’espace : "Avec tous ces noirs qu'ils ont mangé, les poissons commencent à avoir des yeux d'êtres humains, (…) On va devoir arrêter de manger du poisson". Sans état d’âme, implacable, son texte nous renvoie à nous-mêmes et à notre conscience. Anne-Frédérique Bourget a su donner à ses acteurs le bon rythme pour proférer les mots durs de l’auteure. Parfois les mots sont accompagnés par le battement des percussions et le son discret et nostalgique de la Sanza, à l’image de cette Afrique qui vient frapper à nos portes et que l’on n’entend pas ou que l’on refuse d’entendre.
Sabine Fresno
THEATRE : Lluvia constante. Pluie d'applaudissements pour 2 virtuoses
Deux policiers Dani, la brute, et Rodo, le bon, sont amis d’enfance et équipiers. Rodo a un net penchant pour l’alcool et Dani pour la violence. Leurs journées s’écoulent au rythme des patrouilles, des tournées au bar et des soirées passées chez Dani devant son bel écran plasma. Un jour, Dani se prend d’amitié pour une prostituée. A partir de là, la vie banale des deux flics vire au cauchemar.
A première vue, le scénario de l’américain Keith Huff n’est pas très original. Pourtant cette trame, vue et revue au cinéma, prend toute son ampleur au théâtre. Car si les policiers dépeints par Keith Huff sont facilement identifiables - le méchant et le gentil - ils révèlent au cours de la pièce des sentiments bien plus complexes.
Difficile alors de trouver deux acteurs à la hauteur de tels rôles. Mais en choisissant Roberto Alamo dans le rôle de Dani et Sergio Peris-Mencheta dans celui de Rodo, le metteur en scène David Serrano ne pouvait rêver d’une meilleure distribution. « Ce n’était pas facile de trouver des acteurs à la hauteur d’un texte colossal comme celui-là » confie-t-il. Et d’ajouter en parlant de Roberto Alamo : « Il est difficile de trouver un acteur qui jouant la violence et la colère, soit capable, la seconde d’après, de la faire retomber ». Dani est certes violent et despotique, mais il fait aussi preuve à certains moments d’humanité et de compassion. Rodo quant à lui se dévoile petit à petit mais sa présence n’en est pas moins forte. Sergio Peris-Mencheta envahit la scène d’une force tranquille autour de laquelle Roberto Alamo gravite.
David Serrano a pris le parti d’une mise en scène sobre. Les différents lieux : la salle d’interrogatoire du commissariat de police, les ruelles des quartiers malfamés ou le salon de Dani sont suggérés par un habile jeu de lumières. Le metteur en scène a également opté pour une interaction directe avec le public. Dani et Rodo le prennent à témoin en permanence, sollicitant parfois une réponse ou une réaction. Chacun lui raconte sa version du drame survenu lors d’une nuit où la pluie tombait sans discontinuer comme si la nature avait décidé, ce jour-là, de se débarrasser de toutes les impuretés de la ville. Les paroles des deux policiers tombent sur nos têtes comme la pluie tombe sur les acteurs : forte, drue et pénétrante.
L’interprétation des deux comédiens est d’une telle puissance, qu’ils arrivent, à l’instar des grands conteurs, à faire surgir des images par la parole. On visualise chaque scène - fait rare au théâtre - comme si l’on se trouvait devant un écran de cinéma. A noter également, la scène du combat si parfaitement orchestrée qu’on s’y laisse prendre.
Pas de doute, le public est bien là face à deux grands acteurs de la scène espagnole.
 
Sabine Fresno
THEATRE : MBIG. Macbeth versus Mc Beth International Group

 

Par deux fois l’année dernière, le Carnet de Madrid a conseillé deux endroits insolites à Madrid : La Pensión de las Pulgas pour Carne Viva et La Casa de la Portera pour Ivan-Off. Ces deux lieux appartiennent à José Martret y Alberto Puraenvidia qui ont converti des habitations en espace pour le théâtre offrant ainsi aux spectateurs une expérience théâtrale inédite. Entre chaque acte, le public change de salle, guidé par l’un des protagonistes. Les salles étant petites, une trentaine de spectateurs, considérés comme des invités, entourent les acteurs, pouvant presque les toucher de la main.

Cette nouvelle forme théâtrale, apparue dans les années 90 et qui plonge le public dans l’action, s’appelle le théâtre immersif. En 2013, José Martret inaugure La Pensión
 de las Pulgas avec MBIG. Le succès est tel que depuis la pension ne désemplit pas. Adaptation de Macbeth, MBIG explore le milieu des grandes entreprises dans les années 50, tout en gardant un pied dans la tragédie de Shakespeare. Si le nombre des personnages est réduit de moitié, les dialogues restent proches de l’écriture shakespearienne : « J’ai travaillé sur cinq traductions différentes et sur le texte original pour réaliser cette version. J’ai retenu l'essence de chaque phrase et les ai mises en prose tout en gardant le langage élevé et métaphorique de l’original », explique le metteur en scène.
Pour faire le lien entre MBIG et Macbeth, Martret crée le personnage de Camelia. Aussi fidèle et dévouée à l’entreprise qu’à l’homme, elle est notre guide dans cette histoire tragique où l’ambition et la soif de pouvoir poussent Macbeth et son épouse à commettre les pires atrocités. Francisco Boira dans le rôle de Macbeth et Rocío Muñoz-Cobo dans celui de Lady Macbeth éclipsent de leur présence les autres acteurs tant leur jeu est puissant. On se sent aspiré dans le drame conjugal jusqu’à ressentir les affres de la culpabilité de l’un et de l’autre. La voix rauque et profonde de Boira et le regard expressif de Muñoz-Cobo captent l’attention et la retiennent. Ils ont réussi à se tailler un rôle sur mesure à tel point que leur personnage les possède corps et âme tout comme pour les deux sorcières Pilar Matas et Maribel Luis dont l’interprétation magistrale donne la chair de poule.
Entre chaque acte, Raquel Pérez alias Camelia donne un cours de gestion d’entreprise. Vous saurez tout sur la différence entre efficacité et efficience, la gestion des urgences et les règles à suivre pour atteindre la performance et l’excellence.
Pour écrire les monologues de Camelia, Martret a lu les traités des grands gourous de l’économie d’entreprise. « J’ai même lu dit-il Connaitre la mafia de Louis Ferrante, un ex-membre du clan Gambino de la mafia sicilienne. Selon un procureur de Rome, la Cosa Nostra utilise la violence dans les cas extrêmes et a enregistré, l’an dernier, un chiffre d’affaires de 150.000 milllions d'euros, soit 10% du PIB italien. ». Macbeth et Mc Beth International Group se rejoignent ainsi dans les pratiques mafieuses où la course au pouvoir n’exclut pas la course au profit.  
 
Sabine Fresno
 

 

THEATRE : Cliff (Acantilado). Montgomery Clift ressuscité !

 

L’auteur de théâtre espagnol Alberto Conejero rend hommage à Montgomery Clift. De son vivant, l’acteur américain, tout comme Robert Mitchum, n’a jamais été récompensé par les Oscars. Ce qui donne lieu, dans la pièce, à une magnifique scène, dans laquelle l’acteur Carlos Lorenzo, dans la peau de Montgomery Clift, nous fait ressentir toute la douleur et la déception de ce dernier au cours de la fameuse cérémonie.
Carlos Lorenzo nous offre une interprétation d’une grande justesse. Il habite complètement son personnage et cela se sent quand il joue. Sa ressemblance avec les photos du vrai Montgomery Clift projetées sur la scène est frappante. Bien sûr, ils n’ont pas le même physique mais Carlos Lorenzo réussit à se fondre dans le corps de l’acteur américain.
Cette réussite, il la doit en partie à Alberto Velasco. Ce jeune metteur en scène/chorégraphe a monté une mise en scène sobre et efficace. Il n’hésite pas lors de la cérémonie des Oscars à abolir le quatrième mur, cette frontière invisible séparant l’acteur du spectateur. Un moment d’une grande émotion ! Carlos Lorenzo joue un homme au bord de l’abîme, ravagé par l’alcool qui doit se reconstruire au sens propre comme au sens figuré après son accident de voiture et qui tente d’assumer son homosexualité à une époque où les maccarthystes accusent les homosexuels de menacer l’Amérique.
Malgré tout cela, Montgomery Clift continue d’avancer. Il projette même de jouer au théâtre La mouette de Tchekhov au côté d’Elisabeth Taylor, sa grande amie, quitte à payer la production de ses propres deniers. Cliff n’est pas un biodrame sur Montgomery Clift même si Alberto Conejero s’est largement documenté sur l’acteur avant d’écrire sa pièce. Il ne l’a cependant pas intitulé Clift mais Cliff (la falaise dans la traduction française), pour indiquer que si l’œuvre est proche de l’acteur américain, elle n’en est pas pour autant une biographie. Comme il l’explique lors d’un entretien : « Ce ne fut pas un choix. Cliff est né dans un moment de crise, de recherche. Monty (Montgomery Clift) est apparu pour parler de chacun de nous, de la manière dont le masque pèse, ce que certains traduisent par les exigences de notre vocation ». 
Cliff laisse entrevoir les affres de la douleur derrière le scintillement des feux de la rampe d’Hollywood. James Dean et Marilyn Monroe s’y sont brûlé les ailes. Montgomery Clift n’en sort pas non plus indemne. La superbe musique de Mariano Marín nous plonge dans la nostalgie de ce cinéma des années 50 et nous émeut au point de ressentir le désespoir du comédien. On a de la compassion pour ce personnage vulnérable. Derrière le vernis craquelé, apparait un monde sans pitié, dévoreur et destructeur.
Malgré cela « The show must go on » et le personnage répète, comme un mantra, au fil de son monologue : « comment ne puis-je pas être Montgomery Clift ? ».

Sabine Fresno

 

THEATRE : Cuando deje de llover. Une fenêtre sur l’avenir

 

A l’heure de la COP-21, et des annonces plus alarmistes que jamais sur les changements climatiques, Andrew Bovell, auteur australien, laisse entrevoir un avenir plutôt sombre. Sa saga familiale commence dans une ambiance d’apocalypse. Une pluie diluvienne s’abat sur scène et un poisson tombe du ciel, présage de la fin du monde selon une ancienne légende. Nous somme en 2039, en Australie, pour un bref moment seulement. L’action remonte aussitôt dans le temps, en 1959, à Londres, une époque où l’on doutait de la provenance du poisson mais où il ne coûtait pas un an de salaire.
La pièce de Bovell ne parle pas seulement de la météo et de l’alimentation, grands sujets de préoccupation de tous les temps. Elle traite avant tout de la complexité des relations humaines. Elle se concentre plus particulièrement sur le vide laissé par l’abandon et les non-dits. « On veut savoir qui on est, d’où on vient, quelles sont nos racines. » dit Gabriel York, l’un des personnages de la pièce. Ce dernier n’a connu ni son père, ni son grand-père et a abandonné son fils. En fin de compte, la connaissance du passé ne serait-elle pas la solution pour ne pas y rester accroché comme Gabrielle, autre personnage de la pièce, hantée par la mort inexpliquée de son jeune frère ? Nous cherchons tous à combler nos manques. Ainsi en est-il des protagonistes de Cuando deje de llover. Petit à petit les pièces du puzzle s’assemblent. Les énigmes trouvent leurs explications. A la fin tout fait sens mais on n’en ressort pas indemne. La tension dramatique se relâche et les larmes nous viennent aux yeux. Bovell sait, comme nul autre, trouver les phrases justes, celles qui résonnent en chacun de nous. Sa pièce a été récompensée avec raison, tout comme l’excellent jeu des acteurs et la mise en scène déroutante mais efficace de Julian Fuentes Reta. Le metteur en scène a pris le parti d’installer le public tout autour de la scène et d’utiliser des tables sur roulettes. Poussées par les acteurs, elles occupent différents coins du plateau. De cette façon, les personnages s’éloignent ou se rapprochent, nous font face ou nous tournent le dos selon l’endroit où l’on est assis. Cette mise en espace nous donne l’impression d’être des témoins involontaires et accentue le réalisme de la pièce. Julian Fuentes Reta a aussi choisi de mettre sur scène les personnages d’Elisabeth et Gabrielle jeunes et vieilles en même temps comme si elles étaient respectivement témoins de leur passé ou de leur futur.
Pour Julian Fuentes Reta la véritable question adressée au public est : « Voulons nous changer ou non ? ». Les personnages de Bovell tentent, quant à eux, de changer soit en se détournant des morts, soit en partant en quête des absents. Mais le mal est fait et ils doivent apprendre à vivre avec les séquelles du passé. Cependant, quand la pluie cesse de tomber, lors des retrouvailles d’Andrew et de son père, un sentiment de rédemption et de paix envahit la scène. Il aura fallu quatre générations pour en arriver là et beaucoup de souffrance. 
 

 

Encore plus d’adresses dans la catégorie Théatre
[Toutes nos adresses]

Choisir votre édition

Madrid, Barcelone, Berlin