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Culture

Le festival de verano de San Lorenzo del Escorial

Voilà une occasion de vous rendre dans ce joli petit village proche de Madrid. Cette année la programmation du festival de verano est intéressante avec entre autres de la danse (Ballet Nacional de Cuba le 25 juin et Victor Ullate le 30 juin), Le magnifique concerto de Aranjuez (le 2 juillet), La mytique troupe catalane Fura del Baus (1er août), les noces de Figaro (les 20 et 22 juillet).

Prenez vos places.

http://www.teatroauditorioescorial.es

Rumba, le nouveau spectacle de Mayumana

Le nouveau spectacle créé par la compagnie israélienne Mayumana, une version revisitée de danse et percussion du Roméo et Juliette de William Shakespeare rythmée par des chansons du groupe espagnol Estopa.
Un spectacle rythmique et visuel plein d'énergie avec des séquences de percussion incroyables, à voir en famille.

Spectacle : Momix Forever à El Escorial

Momix Forever à L’Escorial est un spectacle qui revisite les plus grands classiques de danse que la compagnie nord-américaine a crée en 35 ans d’existence. illusion, magie, force et originalité sont les grandes caractéristiques de cette compagnie mondialement connue pour ses spectaculaires créations chorégraphiques.
A voir en famille.

Slava's Snowshow, un spectacle de théâtre-cirque à voir en famille

20 ans après avoir inventé ce spectacle planétaire, Slava et son ami Sacha sont toujours aussi complices., Slava’s Snowshow est de nouveau à Madrid pour un impressionnant spectacle de théâtre-cirque interprété par le prestigieux clown du Cirque du Soleil Slava Polunin.
Avec une mise en scène minimaliste, ce spectacle éveille l’imagination du public quel que soit son âge, en le transportant dans un univers magique empreint d’humour et de tendresse. Pas d'histoire mais des sensations sur des musiques classiques ou actuelles. Une expérience uique.

 

Spectacle familial avec des marionnettes géantes : El retablo de Maese Pedro de Manuel de Falla

Un spectacle magique avec des marionnettes géantes qui rend hommage à Cervantes et Manuel de Falla et qui séduira vos enfants à partir de neuf ans.
Falla reprend le passage de Don Quichotte où le marionnettiste Maese Pedro parcourt La Mancha avec un théâtre de marionnettes pour représenter une histoire d'amour et de persécution entre Maures et chrétiens. Cette fois encore l'hidalgo confond la réalité avec son imagination et s'attaque aux pauvres marionnettes. Pour sa première en 1923, Falla se fit aider par son ami peintre et marionnettiste Hermenegildo Lanz. C'est son petit-fils Enrique Lanz, fondateur de la prestigieuse compagnie de marionnettes Etcétera, qui propose pour ce spectacle, une mise en scène avec des marionnettes géantes.

SPECTACLE FAMILIAL : PinoXXio. Le Pinocchio du 21ème siècle
Après Le magicien d’OzAlice et Peter Pan, la Compagnie Ananda Dansa explore une nouvelle facette de l’enfance avec son nouveau spectacle PinoXXio.
Écrite en 1883 par l’écrivain italien Collodi, l’histoire raconte la relation complexe entre un père et son fils. Les frères Rosángeles et Edison Valls, à la tête de la compagnie Ananda Dansa, présentent une adaptation des aventures de Pinocchio : « Nous sommes allés à l’essentiel, à la relation père et fils, qui est un thème universel et contemporain. L’histoire d’un affrontement qui peut seulement être résolu par la négociation et l’acceptation de l’autre sans injonctions et avec amour ».
Au fond cette histoire n’est-elle pas celle de tous les parents et de leurs enfants ? On imagine avant la naissance un enfant parfait mais lorsque celui-ci prend vie l’image idéale se dissout et on doit composer avec le caractère du petit être qui nous fait face. Geppetto en fabriquant Pinocchio imaginait une marionnette docile mais son œuvre devenue vivante lui échappe « Pendard de fils ! Tu n'attends même pas que j'aie fini de te fabriquer, pour manquer de respect à ton père ! C'est mal, mon petit, c'est mal ! Et il essuya une larme. » Geppetto tout au long de l’histoire est en proie à l’ambivalence des sentiments, tour à tour aimant et cruel envers son fils. L’adaptation des frères Valls, en mettant en avant ce rapport père-fils, nous renvoie à nous-mêmes et à notre relation avec nos propres enfants.
Bien que chorégraphes, les frères Valls ne s’attachent pas à la danse pure, ils veulent avant tout que le public comprenne ce qu’il voit sur scène. Leurs danseurs professionnels, dont Ana Luján (prix de la meilleure artiste professionnelle) dans le rôle-titre de Pinocchio, sont également des acteurs. Rosángeles a étudié la danse et Edison le théâtre.
Depuis la fondation de leur compagnie, ils ont toujours recherché dans leurs créations l’union entre le langage social du théâtre et celui esthétique de la danse : « Nous cherchons la symbiose entre la danse et le théâtre pour que le spectateur ne reste pas seulement sur une impression esthétique. Nous voulons aller du cœur à la raison et de la raison au cœur, dans un chemin d’aller-retour ». Le mélange de ces deux arts scéniques est la marque de fabrique de la compagnie Ananda Dansa.
Mais pour la première fois, dans PinoXXio, les frères Valls ont ajouté une nouvelle composante : la musique en direct ! Les musiciens de l’orchestre symphonique de Verum, tous costumés, interagissent avec les danseurs-acteurs. Cela donne un spectacle enjoué, proche de l’univers du cirque auquel la mise en scène fait clairement référence. Ce Pinocchio du 21ème siècle entraîne le public dans une magnifique farandole à l’italienne. 

Sabine Fresno
SPECTACLE FAMILIAL : The Funamviolistas. Une belle leçon de vie

Ana, Lila et Mayte se sont rencontrées autour du projet musical Stradivarias mais leur chemin a failli se séparer quand le projet a pris fin brusquement les laissant sans contrat. Plutôt que de s’appesantir sur leur sort, elles ont pris le taureau par les cornes et ont décidé d’unir leurs talents, pas seulement celui d’instrumentiste mais aussi ceux de danseuse, actrice et chanteuse.

Ainsi est né The Funamviolistas, un spectacle sans texte mais où la musique, le théâtre gestuel, la danse et le chant se combinent harmonieusement autour d’une histoire, celle de 3 musiciennes - une violoncelliste, une altiste, et une bassiste - dont les chemins convergent vers un banc dans un parc. Chacune tient à la main une lettre de licenciement. Le banc éclairé par un lampadaire deviendra leur lieu de vie. Elles y mangent, jouent, rêvent, se disputent et se réconcilient. Car loin de rester sur un échec, Ana, Lila et Mayte construisent autour de ce banc un magnifique spectacle dans lequel les genres musicaux s’entremêlent avec beaucoup d’humour.
Les quelques incursions musicales empruntées au cinéma d’animation sont particulièrement drôles. La scène où elles jouent le thème de La panthère rose est hilarante et celle où elles interprètent la fameuse chanson des Triplettes de Belleville donne envie de se lever et de se mettre à danser.
Ana, Lila et Mayte ne sont pas seulement d’excellentes musiciennes, ce sont aussi d’excellentes actrices. Elles ont d’ailleurs reçu le prix Max de la révélation du meilleur spectacle de 2014 et bien d’autres prix encore. Leur joie de vivre sur scène est contagieuse et conquit le public. Finalement Stradivarias aura certes était un échec mais The funamviolistas est et restera un succès dans les annales du spectacle. 
 
Sabine Fresno

 

SPECTACLE FAMILIAL : Golem. Une nouvelle génération de Golem est en marche !

Le golem, humanoïde en argile modelé par l’homme, apparaît pour la première fois dans la littérature talmudique. Il est décrit comme une créature dépourvue de parole et de libre arbitre.
Le golem de l’auteure-metteuse en scène Suzanne Andrade est complètement différent. Si l’original a été créé pour servir l’homme, son descendant est bien plus pernicieux. Sous le serviteur servile et dévoué se cache un manipulateur insidieux. Son acquéreur, un jeune homme timide et sans ambition, Robert Robertson, l’introduit au sein de sa famille. Bien mal lui en a pris. Le Golem va bouleverser leur vie tranquille et marginale. Fini les soirées sans télévision, où la grand-mère tricote des chandails et la sœur s’entraîne avec son groupe de musique punk. Sous l’influence du Golem, la grand-mère va commander une machine à coudre automatique sur internet, la télévision va s’introduire dans leur foyer et Robert va s’acheter, impulsivement, d’ignobles bottes jaunes.
Il faut dire que leur Golem les inonde de slogans publicitaires toute la journée. Cette poule aux œufs d’or attire les convoitises. Une multinationale rachète les droits de production et met au point le Golem 2 puis le 3, plus petits, plus ergonomiques et performants. On ne peut s’empêcher de penser aux générations successives de Iphones. Avec la troisième génération, le verbe « Go » envahit le décor. Là aussi, impossible de ne pas faire le lien avec Google, leader incontesté de la recherche sur internet. « 
Nous avons vu notre entourage devenir de plus en plus accro aux téléphones portables et à Internet, explique la metteuse en scène. Lors de nos recherches sur le mythe juif, nous avons  tout de suite fait le lien avec l’intelligence artificielle et le clonage ».
Dans 
Golem, elle dénonce la course folle à la technologie mais surtout notre dépendance à cette dernière. Dans le décor, une enseigne de Fish and chips, affiche : « Cod is dead ». Le dieu de nos ancêtres (Cod = God) est mort mais un nouveau dieu, celui de la grande consommation, a pris sa place et son temple se trouve dans les grands centres commerciaux.
Si le sujet est sérieux et donne des frissons dans le dos, la mise en scène de Suzanne Andrade et les illustrations artisanales de son compère Paul Barritt, ne manquent pas d’un humour typiquement anglais : cinglant et noir à souhait. Leur compagnie 1927 (année du premier film parlant 
Le chanteur de jazz) s’est déjà fait remarquer pour l’originalité et la créativité de ses spectacles. Pluridisciplinaires, ils mêlent animations vidéo, musique en direct, mime, danse et clown. Les illustrations de Paul Barrit entre expressionnisme allemand, constructivisme russe et culture Pop américaine plongent le spectateur dans une ambiance rétro. Par ailleurs, le visage blanchi, exagérément expressif, des acteurs, l’accompagnement de leurs gestes au piano et la rapidité des actions, rappellent le cinéma muet. Les cinq comédiens interagissent constamment avec un décor sans cesse en mouvement. Le rythme trépidant va de pair avec celui de notre société de consommation, prompte à offrir des produits toujours plus petits, plus performants et plus efficaces. Tous ces « plus » donnent le tournis et poussent les protagonistes de Golem vers une dépendance toujours plus grande. Leur déshumanisation est programmée.
A quand la nôtre ? 

Sabine Fresno

SPECTACLE FAMILIAL : Cuisine et confessions. Du cirque tout en saveurs

 

« Créer, c’est inventer quelque chose qui n’a jamais été fait » a dit le cuisinier catalan de l’avant-garde culinaire Ferran Adrià.
La compagnie canadienne Les 7 doigts de la main pourrait en faire son moto car son spectacle ne ressemble à aucun autre. Pour la première fois, le cirque s’immisce dans la cuisine. Avant même le début du spectacle, les spectateurs sont mis dans l’ambiance. Ils sont invités à boire du Maté, à casser des œufs avec une seule main, à attraper aux vols des fruits, ou encore à révéler les recettes de leurs grands-mères. Ils auront même le privilège de goûter au Banana bread, préparé durant le spectacle. Les saveurs de l’Argentine se mêlent aux saveurs de l’Amérique, à l’image de la troupe composée en majorité d’Argentins et d’américains mais aussi d’une française, d’une russe et d’une finlandaise. Chacun ira de sa petite recette mais aussi de ses confessions. La cuisine n’est-il pas le lieu idéal pour discuter tout en pelant, découpant et touillant ? Le décor est justement une cuisine à l’américaine, dans laquelle les acrobates préparent une omelette (espagnole ?) et cuisent des pâtes et un gâteau. La bonne odeur des petits plats préparés en direct titillent les narines. Attention préparez le minuteur de vos mobiles à 32 minutes pour que les acrobates n’oublient pas le gâteau dans le four entre deux jongleries, portées et voltiges.
Dans cette cuisine extraordinaire, les instruments et ingrédients de cuisine s’envolent et virevoltent aussi bien que les artistes, dans un magnifique ballet culinaire. Et quand la talentueuse acrobate Héloïse Bourgeois dit « Abuela, las frutas no son un postre » et énumère toute une série de desserts au Dulce de leche, on en a l’eau à la bouche. Cuisine et confessions laisse aussi place à des moments de théâtre tantôt tristes quand l’un des artistes raconte l’histoire de son père dans les camps de concentration, tantôt touchants ou drôles lorsque les acrobates parodient l’émission télé-achat.
En anglais, en espagnol, en français ou en russe, chacun y va de sa confession et peu importe si l’on ne comprend pas tout, l’émotion est là.
« Notre objectif principal est de créer, d’innover, d’étonner et d’émouvoir. Nous voulons présenter des spectacles d’une grande humanité, dans lesquels le spectateur peut s’identifier facilement aux artistes », explique l’un des 7 fondateurs de la compagnie. Leur objectif est atteint. Cuisine et confessions en sollicitant le goût, le toucher et l’odorat mais aussi la participation du public, nous fait sentir comme à la maison.
On en ressort heureux comme après un bon repas en famille.

Sabine Fresno

 

Sama Sama, un spectacle interactif pour la famille créé par le Cirque du Soleil

Le Cirque du Soleil voit toujours plus grand avec Sama Sama, son dernier spectacle qui mêle show et interactivité durant 3h.
Ce concept innovateur propose une expérience unique à mi-chemin entre le spectacle, le parc thématique et l’événement interactif. 
Le spectacle vous invite à plonger dans un monde parallèle où vous suivrez l’histoire de l’étrange communauté des Sami. Ces derniers ont créé un espace unique voué à la créativité et à l’inspiration – un lieu où se rassemblent des gens pour le simple bonheur de créer ensemble d’une manière jamais vue auparavant. Ils ont appelé ce lieu Sama-Sama, qui veut dire « ensemble » en tagalog.

vous ferez donc un voyage immersif à 360 degrés dans un monde parallèle. Au gré d’une douzaine d’installations interactives à grande échelle, vous laisserez libre cours à votre créativité, pour devenir le temps d'une soirée artiste grâce au langage universel de la musique, du mouvement et du rythme.

 

Spectacle musical et familial : STOMP. Une explosion rythmique

Epoustouflante, inventive et drôlissime, telle est la performance de Stomp, actuellement au Teatro Calderón. Ce dernier, pour sa réouverture, met la barre haute en ce début de saison culturelle. Stomp est un phénomène à part dans l’univers des spectacles vivants. Une véritable tornade qui emporte petits et grands dans une tempête de sonorités rythmiques produites avec des objets du quotidien. Sur scène, les balais s’animent et s’emballent comme ensorcelés, non par un magicien mais par 8 percussionnistes hors pair. Les brosses des balais frappent le sol en mesure. La coordination est parfaite malgré le rythme effréné. Et il en est ainsi pour tous les numéros, quel que soient les objets utilisés : des chariots de supermarché, d’énormes chambres à air, des pots de peinture, des éviers en inox portatifs, des tuyaux flexibles, des journaux et bien d’autres instruments improbables. Stomp, n’excelle pas seulement dans le rythme mais aussi dans l’humour. Le punk au cheveu bleu, dont l’embonpoint est porté en dérision par l’attribution d’instruments deux fois plus petits comparés à ceux de ses compagnons, déclenche les rires. Quant au pince-sans-rire au visage blafard, il révèle tout son potentiel comique dans la scène des journaux. Un moment de pure hilarité à s’en décrocher les mâchoires. D’autres moments sont magiques, comme cet hypnotique numéro des briquets qui emplit, de sons et de scintillements, la scène plongée dans l’obscurité. Le spectacle finit en apothéose avec une référence évidente aux batucadas du Carnaval de Rio. Nourri aux mamelles des artistes de rue du Bronx de New York City et de West End en Angleterre, Stomp fait par moments penser aux tambours du Bronx ou aux joutes de hip-hop. C’est sans doute cette proximité avec les artistes urbains qui rend Stomp si accessible à tout public. « Les gens nous voient faire de la musique avec des objets de tous les jours. Ça donne envie de regarder le quotidien différemment. », explique l’un des artistes. Ce dernier insiste aussi sur l’importance du contact avec les spectateurs. « Nous voyons la salle comme une grande pièce sans frontière entre le public et la scène. L’auditoire est souvent convié à battre la mesure. » Le rythme est un langage universel. Peu importe l’âge que l’on a,  il suffit de deux claquements de main en direction du public pour l’entrainer dans un jeu rythmique allant crescendo jusqu’à le quitter pantelant mais heureux d’avoir participé. Stomp est un spectacle à ne pas rater. Sollicité dans le monde entier, les percussionnistes n’avaient pas foulé le sol de la capitale espagnole depuis 5 ans. C’est donc une chance et un plaisir de les revoir à nouveau à Madrid.

 
Sabine Fresno

 

CIRQUE : Amaluna. Le règne des femmes, une première au Cirque du soleil !

 

Et  si les femmes gouvernaient ? C’est le parti pris de Diane Paulus, auteure et metteure en scène d’Amaluna. Librement adaptée de La tempête de Shakespeare, l’histoire se déroule sur une île mystérieuse gérée par des déesses, des amazones et des Walkyries. On y retrouve Miranda la fille de Prospéra la déesse-chamane, versus Prospéro dans l’œuvre shakespearienne, et Cali versus Caliban, un monstre mi-lézard, mi-homme, amoureux de Miranda. La vie sur l’île est paisible mais les choses se compliquent lorsque Miranda devient femme. Pour son passage à l’âge adulte, sa mère déchaine les éléments pour attirer un navire et son équipage masculin sur ses côtes. Miranda tombe alors amoureuse du prince Roméo, figure symbolique shakespearienne de « l’amour sublime ». Leur amour déclenchera la jalousie de Cali et sera mis à rude épreuve par de féroces amazones : les Walkyries. 
Cette prédominance féminine (70% des artistes et la totalité de l’orchestre) pourrait faire penser à une œuvre féministe. Il n’en est rien. « Amaluna, est moins un spectacle sur le féminisme, qu’un appel à renouer avec notre monde d’une manière différente. », explique Diane Paulus. Le Cirque du soleil a donné carte blanche à l’une des femmes les plus influentes de Boston selon le Boston Magazine. Directrice artistique de l’American Repertory Theatre (l’ART), elle a mis en scène de nombreuses comédies musicales et opéras. Pour cette première au Cirque du Soleil, elle reste fidèle à sa marque de fabrique : l’éclatement de l’espace scénique et l’immersion du public en lui. Son collaborateur de longue date, le scénographe Scott Past, a ingénieusement prolongé la forêt de bambous, caractéristique de l’île d’Amaluna, au-dessus du public, l’immergeant ainsi dans la nature. Un élément important pour Diane Paulus, dans un siècle où l’environnement se dégrade de jour en jour. Le microcosme qu’elle a créé sur scène renoue ainsi avec les mythes grecs dans lesquels les déesses préservent l’équilibre du monde. Ce côté naturel, les compositeurs Guy Dubuc et Marc Lessard (Bob & Bill) le font ressortir dans une musique sans fioritures. « Nous avons voulu libérer la puissance à l’état brut que les artistes et les musiciennes dégagent sur scène. ». Leur création musicale suit au plus près le mouvement des voltigeurs, acrobates et jongleurs : « Nous avons créé un son pour le spectacle en suivant la ligne d’émotion des numéros. Chaque numéro acrobatique possède une respiration, un rythme, une montée qui lui est propre et la musique doit en tenir compte. ». De l’émotion le spectacle n’en manque pas et pour contrebalancer les scènes intenses, Diane Paulus a inséré un passage de pure commedia dell’arte où le valet de Roméo folâtre avec la nourrice de Miranda. Diane Paulus introduit ainsi les clowns, figures emblématiques de l’univers circassien. 
Le Cirque du soleil a fait bien du chemin depuis ses débuts en 1984 au Québec. D’amuseurs publics déambulant dans les rues sur des échasses, crachant du feu, jonglant, dansant en musique, ils sont devenus une entreprise incontournable du monde du cirque.

 

 

SPECTACLE : THE TABLE. Un petit bijou de spectacle

Il mesure à peine 60 cm, sa tête est en carton et son corps en chiffon mais une telle force émane de ce petit personnage, qui fait son « one-man-show », qu’on en a le souffle coupé.
Tout commence par un ras-le-bol de faire le guignol à des anniversaires pour enfants et d’être une marionnette manipulée. Il décide alors de prendre sa vie en main et d’être celui qui dirige ses manipulateurs, au moins une fois dans sa vie. La table devient sa scène. Comme tout comédien avant de jouer, il fait quelques étirements, s’échauffe la voix, s’approprie son espace scénique improvisé. Et le voilà prêt à se lancer dans les 12 dernières heures de la vie de Moïse. Lui, l’intermédiaire entre les manipulateurs et le public, incarne Moïse, l’intermédiaire entre dieu et les hommes. Enfin pas complètement, car il n’arrête pas de faire des digressions au scénario. Il discute avec un spectateur, bataille avec l’un des manipulateurs, joue avec les nerfs de l’éclairagiste, râle après une intruse qui se met à lire sur SA table, l’ignorant complètement.
Bien que très drôle, ce spectacle ne se veut pas une comédie mais plutôt une réflexion sur l’art de la marionnette. « 
En fait, avant de commencer... je voudrais juste vous expliquer un peu plus comment ce style de marionnette fonctionne... Je suis manipulé par 3 personnes : Marc manipule ma main droite et ma tête ; Shaun est sur ma main gauche et bouge mon arrière-train ; et Nick gère mes pieds. », explique de sa voix rauque Moïse.
Absurde et délirant, ce petit bijou de spectacle, mis en scène par la compagnie anglaise Blind Summit Theatre, croule sous les éloges et les récompenses. A sa tête se trouve, Mark Down, metteur en scène et Nick Barnes qui a appris à fabriquer et à manipuler les marionnettes auprès de Philippe Genty. Tous deux, ont décidé de réinventer le théâtre de marionnettes pour adultes. Pour ce faire, ils se sont approprié l’art du Bunraku et ont adapté cet art traditionnel japonais au goût du public occidental. Pari réussi car les techniques du Bunraku sont parfaitement maîtrisées. Les mouvements de Moïse sont d’une telle fluidité qu’on en oublie l’intervention des trois manipulateurs. Lui qui voulait voler de ses propres ailes s’émancipe sous les yeux d’un public fasciné et au final complètement conquis.

SPECTACLE FAMILIAL : NE M’OUBLIE PAS. Et le rêve fut

« J’ai écrit Ne m’oublie pas à partir des rêves de Mary Underwood, ma compagne et collaboratrice », explique le metteur en scène Philippe Genty, lors d’une interview. Les rêves de sa muse l’ont étrangement conduit vers les territoires enfouis de sa propre enfance. Ne m’oublie pas ne suit aucune ligne narrative. Pour l’apprécier, il faut se laisser emporter dans l’univers onirique de Mary et de Philippe, peuplé d’êtres humains, de singes anthropomorphes et de sosies d’outre-tombe.
« 
Le montage évoque le monde des rêves, la réapparition des souvenirs enterrés, le vertige de l’amour, le désir de défier la mort », commente Philippe Genty. L’amour et la mort se côtoient souvent dans ce spectacle. Le titre tiré de La légende du myosotis, porte en lui les deux concepts. « Ne m’oublie pas » dit le chevalier, à sa dulcinée alors qu’il se noie pour avoir voulu lui cueillir des myosotis au bord d’un fleuve. On retrouve l’amour et la mort dans l’étrange ballet des danseurs avec leurs sosies, des mannequins souples auxquels ils tentent de redonner vie. Ces doubles d’outre-tombe font penser à ceux de La classe morte de Tadeusz Kantor. L’amour et la mort sont aussi intrinsèquement liés dans cet étrange passage où une jeune fille tient amoureusement dans ses mains la tête décapitée de son bien-aimé. Cette scène rappelle les représentations picturales du mythe de Salomé recevant la tête de Saint Jean-Baptiste ou encore celles de Judith décapitant Holopherne. 
Ne m’oublie pas regorge de références artistiques. Clarisse, la chimpanzé anthropomorphe, renvoie au monde inversé décrit dans La planète des singes ; L’homme au traineau qui passe et repasse sur scène rappelle Charon, le passeur des enfers ; Les danseurs vêtus d’un costume noir et d’un chapeau melon semblent sortis d’un tableau de Magritte ; Les danses avec les voiles font indubitablement penser aux chorégraphies de Loïe Fuller, enveloppée dans de longs voiles qu’elle agite à l’aide de baguettes. Mais pour ne pas oublier, ne faut-il pas répéter ce qu’ont fait avec génie nos prédécesseurs ? Ce sentiment de répétition, Philippe Gentry le revendique dans l’homme qui va et vient sur scène avec son traineau, dans la duplication des acteurs par des sosies-mannequins, dans le choix musical.
La structure des mélodies de René Aubry est répétitive. Elle appelle le rêve et emporte le spectateur vers des paysages intérieurs comme le ferait le bruit régulier et berçant des roues d’un train sur des rails. Philippe Genty nous embarque non seulement dans son univers onirique mais il nous emmène également en voyage vers les grandes étendues enneigées de la Norvège. 
Ne m’oublie pas crée en 1992 est une reprise mais pas complètement. Le metteur en scène a retravaillé son spectacle avec des étudiants en théâtre de Norvège, d’où l’omniprésence de la neige et cette chorégraphie originale et surprenante où les jeunes acteurs dansent avec des skis. Les spectacles de Philippe Genty sont inclassables et inénarrables. Ils mêlent à la fois le théâtre, le mime, la marionnette et la danse. Tous explorent un monde intérieur souvent énigmatique mais toujours poétique. N’est-ce pas justement pour cela qu’on les aime ?

DANSE ET MUSIQUE : Ángel Corella y Ara Malikian. L’ange et le diablotin

L’un est vif et espiègle, l’autre est gracieux et aérien. L’un est violoniste et l’autre danseur étoile. Rien ne les prédestinait à se rencontrer mais de leur rencontre improbable est né un beau projet : A+A.
Les arabesques et les jetés d’Angel se sont unies au spiccato et staccato du violon d’Ara. Sur le plateau, ces deux artistes charismatiques, plusieurs fois primés, font corps et âme et ouvrent le bal. Malikian, virevolte au son de son violon autour de Corella. Son corps vibre au rythme de son archer. Il vit de manière tant intense sa musique qu’il danse en jouant. Telle une tornade, il attire dans son sillage Corella. Le danseur parait relié par des fils invisibles à son partenaire. Leur osmose est extraordinaire.
Petit à petit, ils sont rejoints par leurs danseurs et musiciens respectifs. La compagnie d’Angel Corella et l’orchestre à cordes d’Ara Malikian  se partagent la scène d’égal à égal. Généralement l’orchestre se trouve relégué dans la fosse mais ici les musiciens interfèrent avec les danseurs. Les mouvements d’archer se mêlent aux ronds de jambes et ports de bras.
Si la première partie du spectacle est consacrée aux 3 premiers mouvements de Souvenir de Florence de Tchaikovsky, la seconde partie est dédiée aux compositeurs du XXème siècle comme Arvo Pärt, Joan Valent, Humberto Armas et Ara Malikian. On retrouve là, la patte du violoniste qui n’hésite pas à mélanger les époques et parfois les genres lors d’un même concert. Ces incartades ne font pas peur à Corella. Le danseur étoile ne craint pas de sortir des grands rôles du répertoire classique pour explorer d’autres manières de danser. Il a ainsi créé des chorégraphies pour accompagner en direct de grandes chanteuses d’opéra comme la grande Cécila Baltoldi.
A part la reprise du ballet créé par Christopher Wheeldon sur l’envoutante musique After the rain d’Arvo Pärt, les autres chorégraphies ont été spécialement pensées pour ce spectacle et portent la signature de Corella. La plus emblématique de ce concert-ballet a donné son nom au spectacle et symbolise l’union de ces deux grandes étoiles de l’univers artistique, j’ai nommé A+A. 

 

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