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Culture

Danse : une version contemporaine de Carmen

Le chorégraphe suédois Johan Inger nous propose une version contemporaine de Carmen, dansée par la Companía nacional de Dansa. Cette version revisitée est une représentation moderne axée sur la violence mais sur des airs de flamenco.
L’histoire se déroule à Séville en 1820, où Carmen, une cigarière gitane libre et sensuelle séduit le candide brigadier Don José. L’amour qu’il ressent pour elle le pousse à rejeter son ancienne fiancée,  à se rebeller contre son supérieur et à quitter l’armée.
Toutefois tous ces sacrifices s’avèrent inutiles dès lors que Carmen lui préfère le torero Escamillo. Ce qui va entrainer Don José dans une spirale tragique de douleur, haine et jalousie. 

 

Danse : Boléro de Béjart avec le ballet de Lausanne

Los Teatros del Canal accueuillent l'incontournable chorégraphie de Maurice Béjart sur la non moins légendaire musique de Ravel.
“ Mon Boléro”, disait Ravel, “devrait porter en exergue: enfoncez-vous bien cela dans la tête”. 
Plus sérieusement, il expliqua  : “En 1928, sur la demande de Mme Rubinstein (Ida Rubinstein, célèbre danseuse et actrice russe), j'ai composé un boléro pour orchestre. C'est une danse d'un mouvement très modéré et constamment uniforme, tant par la mélodie que par l'harmonie et le rythme, ce dernier marqué sans cesse par le tambour. Le seul élément de diversité y est apporté par le crescendo orchestral”.
Maurice Béjart précise en ces termes sa conception de l'œuvre de Ravel  : “Musique trop connue et pourtant toujours nouvelle grâce à sa simplicité. Une mélodie – d'origine orientale et non espagnole – s'enroule inlassablement sur elle-même, va en augmentant de volume et d'intensité, dévorant l'espace sonore et engloutissant à la fin la mélodie”.
Un classique à voir et revoir !

La danseuse flamenca Sara Bara à Madrid avec Voces

La danseuse et chorégraphe de flamenco Sara Baras est de retour avec sa troupe de treize interprètes et musiciens. Elle présente son spectacle "Voces", voix en espagnol, qui se tiendra sur la scène du Teatro Apolo. Un spectacle où se mélangent tradition et modernité au rythme de la danse, du chant et de la culture andalouse.
Cette représentation est une sélection parmi les meilleurs moments de ses spectacles et un hommage vibrant aux grandes figures de la scène flamenca comme Paco de Lucía, Enrique Morente, Camarón de la Isla, Moraíto Chico, Antonio Gades ou Carmen Amaya. 

 

Danse : Roméo et Juliette par les ballets de Monte Carlo

Une version contemporaine du monument littéraire de Shakespeare. Partant de l’idée que tout le monde connaît Roméo et Juliette, Jean-Christophe Maillot a adopté un angle chorégraphique qui refuse de paraphraser l'oeuvre originale. Plutôt que de suivre pas à pas la lutte entre les Capulet et les Montaigu jusqu’à son dénouement tragique, le chorégraphe revisite la pièce suivant un point de vue original : le ballet nous emporte dans l’âme tourmentée de Frère Laurent qui en souhaitant faire le bien provoque finalement la mort des deux amants. Roméo et Juliette de Jean-Christophe Maillot est le flash-back de cet homme d’église désemparé qui se demande comment on en est arrivé là.

Le chorégraphe interprète donc Roméo et Juliette non pas comme un conflit social ou une lutte clanique régie par un code d’honneur, mais comme un drame fortuit qui fait périr des adolescents plus préoccupés par les jeux de l’amour que ceux de la haine.

 

Festival Madrid en Danza 2016

Les fans de danse ne manqueront pas le traditionnel festival d'automne avec cette année quelques représentations à ne pas manquer Tristan & Iseult, un ballet néoclassique créé par le chorégraphe italien Giorgio Mancini. Mais aussi et surtout le chorégraphe israélien Ohad Naharin qui présentera Last Work, ou encore le chorégraphe allemand Marco Goecke qui dévoilera Nijinski en avant première en Espagne, un projet qui s’inspire de la vie et de l’œuvre du danseur russe Vaslav Nijinski.

Gagnez 3 entrées doubles au spectacle de danse Le Sacre du Printemps d'Olivier Dubois

Après avoir présenté en 2015 aux Teatros del Canal sa chorégraphie Tragédie, le chorégraphe Olivier Dubois, directeur artistique de la compagnie Ballet du Nord revient en Espagne et propose, en collaboration avec l’Institut français d’Espagne, la représentation de “Mon élue noire (Sacre #2)” .

Pour "Mon élue noire (Sacre #2)", Dubois a mis au point un dispositif très simple – une boîte transparente – qui l'encadre comme une anomalie ou un bijou. En slip et soutien-gorge noirs, fumant la pipe comme à son habitude, la danseuse et chorégraphe Germaine Acogny est exposée comme un spécimen exotique. Acculée, elle trépigne, court, se ploie sur la partition éruptive de Stravinsky. Dubois se risque à un exercice tout en respect et douceur, très loin de son style offensif, hanté par l'histoire de l'Afrique.

Les premiers à envoyer un mail à david.radin@institutfrancais.es gagneront des entrées gratuites.

DANSE : Plexus d'Aurélien Bory. Un spectacle très onirique.

Avec Plexus, Aurélien Bory réalise un bijou de théâtre optique d'une grande beauté qui croise la magie, l'art de la marionnette et le cinéma. Un plateau mobile, cinq mille fils en nylon, et le mirage opère. Sous les feux lumineux, les textures du spectacle s'inversent et se métamorphosent. Le dur devient mou, l'immobile prend soudain de la vitesse, le métal explose en jets de lumière. L'habillage scénique luxueux, design, de Plexus, réussit parfois à suggérer un environnement organique, cosmique, au creux duquel le personnage féminin lui aussi se fait bois ou fumée. Et c'est au carrefour de ces univers à première vue incompatibles que cette pièce, proche d'une performance-installation, trouve une saveur incomparable.
A ne pas manquer !

FLAMENCO : Yo, Carmen. Nous sommes toutes Carmen !

 

Plusieurs fois il a été demandé à Maria Pagès de chorégraphier Carmen mais elle a toujours refusé. Le mythe de la belle gitane a été mille fois représenté, pas question d’en faire une mille et unième adaptations. Pourtant cette Carmen interprétée de tout temps comme une femme séductrice, manipulatrice et envoutante la dérange. Elle n’aime pas l’histoire de Mérimée. Ecrite pour complaire à la gent masculine, l’auteur affiche clairement son penchant pour Don José éconduit par Carmen et érige cette dernière en symbole de la perversité féminine.
Maria Pagès prend finalement la décision de casser ce mythe. Durant 2 ans, elle interroge des femmes de toutes conditions et de toutes origines : une geisha de 90 ans, une nigérienne exilée, une actrice russe opprimée sous le régime communiste… Toutes ont les mêmes désirs, les mêmes peurs et les mêmes blessures. « Carmen est dans toutes les femmes et nous sommes toutes Carmen, c’est ce que j’essaye de refléter dans mes chorégraphies.», nous dit Maria Pagès. Les femmes sont plus complexes que ne le laisse entendre Prosper Mérimée. Elles ne sont pas seulement des objets de désir, ce sont aussi des travailleuses et des battantes. 
Yo, Carmen met en avant la vaillance et le courage rencontrés dans chaque femme interrogée. La Carmen de la chorégraphe espagnole se rebelle face à la soumission ancestrale aux hommes. Elle dénonce la maltraitance des femmes et revendique la parité. Sur scène, une voix off clame dans toutes les langues l’universalité de Carmen. Les paroles de l’opéra de Bizet disparaissent. A leur place, les mots accusent les hommes. Maria Pagès rend la monnaie de sa pièce à Mérimée qui voyait les femmes comme des êtres démoniaques. 
La chorégraphe ne bouleverse pas seulement le mythe de Carmen, elle ébranle également les codes et les techniques du flamenco. Les vêtements traditionnels cèdent la place à des robes simples, près du corps, mettant en valeur les mouvements et le buste, dans le style des costumes de scène de Martha Graham. Maria Pagès est une fervente admiratrice de la chorégraphe américaine mais aussi de Carolyn Carlson et de Pina Bausch. Au vu de leur travail, elle se rend compte que le flamenco est plus proche de la danse contemporaine que du ballet. Si le classique ne peut se passer de la technique, le flamenco peut s’en affranchir. « J’ai vu des danseuses de flamenco merveilleuses sans technique », explique Maria Pagès. « L’esprit flamenco a toujours été celui de l’ouverture et de la liberté » ajoute-t-elle.
Dans sa chorégraphie de Yo, Carmen, les torchons remplacent les châles traditionnels. Les plumeaux et les balais deviennent des instruments de défense. Maria Pagès met justement un bon coup de balai dans le mythe de Carmen. Cela fait du bien dans un monde où les femmes doivent sans cesse lutter pour leur dignité.
Sabine Fresno

 

DANSE : Sasha Waltz au Teatro Real

La danseuse Sasha Waltz, artiste qui a bouleversé la danse-théâtre par son utilisation prodigieuse du langage chorégraphique en tirant le meilleur du monde narratif et des créations musicales,  produit ce spectacle de danse classique inspiré des œuvres d'Igor Stravinsky, d’Hector Berlioz et de Claude Debussy à travers lesquelles l'artiste dépeint des scènes de la Russie profane, de Roméo et Juliette et d’un poème symphonique de Stéphane Mallarmé. 

DANSE : Rodin et son éternelle idole. Une interprétation magistrale !

 

Ballet en 2 actes, Rodin et son éternelle idole explore la relation artistique tourmentée et l’intimité passionnelle de Camille Claudel et d’Auguste Rodin.
Une histoire idéale pour le chorégraphe russe Boris Eifman, hanté par la solitude et la folie, comme le prouve ses précédentes créations. De l’asile de fous à l’atelier de Rodin et de l’atelier à l’asile, les danseurs de la compagnie de Boris Eifman expriment la passion et la folie de deux artistes de génie. Pour accompagner leurs sentiments extrêmes, Eifman a sélectionné des musiques de Ravel, Debussy, Massenet, Saint-Saëns et Satie. Leurs compositions, à elles-seules, soulèvent les émotions. Elles accompagnent à merveille les mouvements des danseurs tantôt langoureux lorsque Camille et Rodin expriment leur amour, tantôt saccadés quand Camille est en proie aux tourments d’une relation dans laquelle elle est et restera l’amante et l’élève de Rodin.
Si l’acte 1 montre Camille errant parmi les malades mentaux de l’asile et Rodin devenu vieux et en proie à la tristesse, l’acte 2 remonte dans le passé. On y voit Rodin, en pleine maturité, tiraillé entre sa passion brûlante pour Camille et sa tendresse pour sa femme et Camille peu à peu entraînée dans les ténèbres de la folie. Celle-ci débute lorsqu’elle se jette à corps perdu dans la création des fameuses Portes de l’enfer, dont le mérite en reviendra à Rodin. Elle s’installe définitivement lorsque Camille crée Clotho, une sculpture terrifiante sur la cruauté de la destinée. Elle en veut à ce destin impitoyable qui offre la gloire à Rodin en la laissant dans son ombre.
Eifman, par un jeu de drapés incroyablement chorégraphié, recrée in vivo les sculptures de ce couple impossible. Son style se distingue de celui des autres chorégraphes. Pour le construire, il s’est éloigné de l’académisme russe et a résisté au courant artistique en vogue. Le chorégraphe russe a des idées bien arrêtées quant à la forme recherchée dans ses chorégraphies : « la beauté formelle du geste n’est pas une fin en soi […] Quand je crée un mouvement, c’est avec l’idée de créer une émotion exprimant un sentiment… ». Celle-ci se ressent de plein fouet. Est-ce la fluidité et l’expressivité contenues dans chaque mouvement ou l’harmonieuse cohésion entre chaque danseur ? Le fait est qu’on n’assiste pas à un de ses ballets sans éprouver une vive émotion. En France, les créations de Boris Eifman sont toujours attendues et grandement appréciées. Elle l’a d’ailleurs honoré du titre de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, en reconnaissance de son impressionnante carrière. Un titre mérité pour un chorégraphe d’exception ! 
 
Sabine Fresno

 

Danse contemporaine : Mémoires. L'éveil des sens
Jean-Philippe Dury fait partie des grands danseurs/chorégraphes de notre époque et son talent a été récompensé par de nombreux prix. Français d’origine, il a choisi de s’établir à Madrid, après avoir dansé sous la direction du chorégraphe espagnol Nacho Duato. Il est aujourd’hui à la tête de sa propre compagnie Elephant in a Black Box, nommée ainsi en référence à Ganesh, le dieu indien à tête d’éléphant, dont l’un des pouvoirs est d’éveiller le sens artistique qui sommeille en chacun de nous. Mémoires oubliées et CEL Black Days, la dernière création de Jean-Philippe Dury, diffèrent dans leur style mais ont en commun l’élégance, la rigueur et la fluidité qui sont la marque de fabrique du chorégraphe français.
Dans Mémoires oubliées, les cinq danseuses ont chacune leur partition chorégraphique. Elles se débattent seules avec leurs souvenirs comme le soulignent, à juste titre, les chants célestes, d’une grande tristesse, d’O Solitude de Purcell. Par moments, dans leur parcours solitaire, leurs corps interagissent ou s’effleurent. Parfois, certains mouvements passent de l’une à l’autre, identiques, comme si les danseuses étaient mues par un même souvenir. L’une d’elle, vêtue de noir, paraît annoncer le passage de mauvais souvenirs.
Le thème abordé dans CEL Black Days n’est guère plus optimiste. 8 danseurs symbolisent une jeunesse égarée, animée par le désespoir et la crainte. Ces sentiments délétères les entrainent inexorablement vers la mort. Pour illustrer cette perte d’idéal, Jean-Philippe Dury introduit dans sa chorégraphie un style plus vif et nerveux. Les danseurs, solitaires dans Mémoires oubliées, se retrouvent dans un corps-à-corps passionné entre ombre et lumière. Leurs mouvements, plus incarnés que dans Mémoires oubliées, collent aux accords déchirants et entêtants du violoncelle de l’islandaise Hildur Gudnadöttir qui verse ses larmes sur cette jeunesse perdue.
Sabine Fresno
MatchAtria, une pièce chorégraphique inédite qui inclut des effets 3D et multimédia

La danseuse Yui Kawaguchi propose une expérience inoubliable à travers l’association de la cérémonie nippone du thé (Matcha) et le terme anatomique qui fait référence au cœur (Atria). Ainsi, aux côtés du prestigieux réalisateur Yoshimasa Ishibashi, la danseuse nous invite à une performance mêlant vidéo 3D, paysages sonores et séquences chorégraphiques.
Avant le début du spectacle, chacun est invité à chausser des lunettes 3D et des écouteurs. La danseuse dépose ensuite dans nos mains un cœur modélisé en silicone. L’objet vibre au rythme des pulsations cardiaques de Yui Kawaguchi, qui évolue dans un environnement changeant, organique. Connectés au corps de l’artiste, tout en grâce et puissance contenue, nous plongeons au plus près des sensations qu’elle éprouve.

Danse : El amor brujo et Samsara. Du mysticisme au métissage

Le chorégraphe Victor Ullate démarre la nouvelle saison culturelle de Teatros del Canal avec El amor brujo et Samsara

Ullate a présenté El amor brujo pour la première fois en 1994 à Séville mais propose aujourd’hui une nouvelle version de l’œuvre emblématique de Manuel de Falla. La scénographie a changé. Elle souligne avec plus de force le côté sombre de l’histoire dans laquelle le fantôme de l’ancien amant de Candelas vient troubler son amour pour Carmelo. Dans cette ambiance spirituelle, les danses autour du feu deviennent tribales. Les sentiments amoureux, la haine et la jalousie s’expriment, sans demi-teinte, tout comme l’éclairage de la scène où dominent le rouge et le noir. Les robes rouges des femmes contrastent avec les costumes noirs des hommes qui prendront, au cours du spectacle, la forme d’oiseaux de mauvais augures. L’atmosphère sombre est soulignée par la musique. A la partition de Manuel de Falla se greffent le style « dark ambient » du groupe In Slaughter Natives et les compositions mystiques de Luis Delgado. On ressent bien dans cette chorégraphie de Victor Ullate le caractère passionnel des andalous.
Samsara est également une reprise mais ce spectacle prend tout son sens à l’heure où les extrémistes menacent la diversité. Dans cette chorégraphie, Victor Ullate unit par la danse et la musique différents pays d’Orient qu’il a eu l’occasion de visiter au cours de sa vie. On y retrouve le Japon, la Chine, le Népal, l’Egypte, l’Iran et l’Inde. Le chorégraphe espagnol offre là une belle leçon d’humanité et démontre surtout l’importance de préserver le patrimoine culturel de tous les pays.
 
Sabine Fresno 

 

La Compañía Nacional de Danza présente une nouvelle version de Carmen

Le Teatro de la Zarzuela accueille la Compañía Nacional de Danza qui présente Carmen. Dans cette version ballet, le chorégraphe suédois Johan Inger s’est focalisé sur le sujet de la violence en partant du regard encore pur d’un enfant.
Cette nouvelle production de la CND sera menée par la compagnie de José Carlos Martínez, danseur étoile de l’Opéra de Paris et Lauréat National de Danse en 1999, parmi tant d’autres récompenses. 

BALLET : LAC. Les mille et une raisons d’aller voir ce Lac des cygnes

 

Les réinterprétations du Lac des cygnes de Tchaïkovski, monument de la danse classique, ne se comptent plus. L’année dernière, pas moins de trois versions, se disputaient la scène à Paris. L’une reprenait une ancienne chorégraphie,  les deux autres détournaient l’œuvre mythique pour aborder des thèmes tabous, l’homosexualité, le sida, le mariage forcé en Afrique du Sud ou encore la prostitution. Christophe maillot n’a ni copié, ni détourné l’œuvre de Tchaïkovski. Au contraire, il a demandé à l’écrivain Jean Rouaud, prix Goncourt 1990, de se replonger dans Le voile dérobé, source d’inspiration du Lac des cygnes
Rouaud ne connait pas ce conte populaire allemand. Il découvre donc l’histoire de Siegfried, d’Odette et d’Odile sans a priori et relève un élément jusque-là occulté mais essentiel dans le conte : la peur atavique de la nuit. « On en oublie que l'histoire empruntée aux vieilles légendes germaniques se nourrit de nos terreurs archaïques, la peur que la nuit ne l'emporte contre le jour", souligne Rouaud. L’écrivain s’attache plus particulièrement au personnage du prince. Il laisse de côté le héros romantique de Tchaïkovski pour dépeindre un jeune homme plus proche de la réalité. Son prince éprouve les tourments de beaucoup d’êtres humains. Il ne parvient pas à dominer ses pulsions. Il se laisse guider par ses instincts comme les animaux vers lesquels il est attiré.
Jean-Christophe Maillot a justement choisi d’orienter son ballet vers cette bestialité prédominante dans le Lac des cygnes. Ses cygnes ne se déplacent pas linéairement et harmonieusement. Leurs mouvements sont plus proches de ceux des habitants de la forêt. Philippe Guillotel, le costumier, a eu l’idée lumineuse de ganter les mains des danseurs-cygnes pour effacer toute trace d’humanité. Le tulle est déstructuré et retravaillé pour évoquer un plumage duveteux jusqu’au bout des doigts. Le passage de l’animal à l’humain se traduit par un simple retrait des gants plumés.
Cette ambivalence entre humanité et animalité est constante dans l’œuvre et le scénographe Ernest Pignon-Ernest a parfaitement su l’intégrer dans son décor. De grands pans de voile noir et blanc figurent les colonnes du palais, lieu des convenances et de la distinction mais également de l’indécision du Prince Siegfried hésitant entre le blanc et le noir. En opposition des monolithes de métal gris et acéré représentent la forêt, repaire des bêtes sauvages et lieu de la violence, du danger mais aussi de nos effrois les plus archaïques.
Les raisons de courir voir ce ballet sont multiples : nouvelle approche du conte d’origine, costumes inventifs, décors troublants mais aussi chorégraphie audacieuse. LAC est un magnifique retour aux sources du Lac des cygnes. Jean-Christophe Maillot a su éviter tous les écueils de la parodie et a engendré une version sans extravagance et tout en élégance.

 

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