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Culture
THEATRE : Así que pasen cinco años. Défi relevé avec brio par la Cie Atalaya

 

Lorca qualifiait sa pièce Así que pasen cinco años de « théâtre impossible » à cause de son langage métaphorique et symbolique. Mais il assurait aussi que dans 50 ans les metteurs en scène sauraient la monter. Il avait raison, en 1986, 50 ans après l’écriture de sa pièce, Ricardo Iniesta la met en scène avec succès. « Cette œuvre fut notre baptême théâtral, avec elle nous avons abandonné le théâtre de rue et sommes montés sur scène. Elle nous a permis d’être connus dans toute l’Espagne. », raconte Ricardo Iniesta. 
Aujourd’hui, il propose une nouvelle version de la pièce avec une équipe différente mis à part son égérie Carmen Gallardo. Elle interprète brillamment la comtesse déchue. Elle s’était également fait remarquer dans le rôle de Mère Courage l’année dernière. Les autres acteurs s’en sortent aussi haut la main. Pourtant le langage onirique de Lorca ne leur a pas facilité la tâche. Mais dans leur bouche les phrases prennent tous leurs sens. 
Pour accompagner ce langage surréaliste Ricardo Iniesta crée un univers onirique. Il s’inspire du scénographe Meyerhold notamment pour les escaliers s’élevant vers le ciel. Il puise aussi dans le cirque en déployant, entre deux escaliers, un tissu aérien dans lequel s’enroule la Fiancée. Dans la théorie freudienne des rêves, l’action de monter un escalier signifie le coït. Une extase que n’atteindra jamais le protagoniste principal de l’œuvre dit le Jeune. Lorca parle de l’amour reporté, idéalisé et non consommé, du temps perdu à attendre et de l’inexorabilité de la mort qui finira par emporter le Jeune comme elle a emporté Lorca. Le dramaturge est assassiné cinq ans, jour pour jour, après avoir écrit sa pièce dans laquelle l’un des protagonistes dit : « Dans cinq ans, s’ouvrira un puits dans lequel nous tomberons tous ». Cette phrase prémonitoire donne des frissons tout comme la musique inquiétante et l’ambiance ténébreuse et morbide de la mise en scène d’Iniesta. Et pour cause, la mort rôde dans ce drame où un enfant trépassé dialogue avec une chatte morte et où 3 joueurs de cartes, doubles des 3 parques, coupent le fil de la vie du Jeune. Selon Iniesta, tous les personnages proviennent de l’imagination du Jeune et ce dernier serait l’alter ego de Lorca. La pièce baigne dans un songe cauchemardesque sans issue salvatrice. Seule la Fiancée s’en échappe en rompant les liens qui l’unissent au Jeune et en se jetant dans les bras d’un joueur de Rugby. C’est la seule à ne pas vivre dans un rêve et elle le clame fermement, haut et fort : « Ici on ne rêve pas, moi je ne veux pas rêver. »
 
Sabine Fresno

 

INFOS PRATIQUES

 

Jusqu’au 15 mai
Teatro Valle-Inclán
Calle de Valencia Nº1 (Plaza de Lavapiés) - Métro Lavapiés y Embajadores

 

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