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Culture
THEATRE : Cliff (Acantilado). Montgomery Clift ressuscité !

 

L’auteur de théâtre espagnol Alberto Conejero rend hommage à Montgomery Clift. De son vivant, l’acteur américain, tout comme Robert Mitchum, n’a jamais été récompensé par les Oscars. Ce qui donne lieu, dans la pièce, à une magnifique scène, dans laquelle l’acteur Carlos Lorenzo, dans la peau de Montgomery Clift, nous fait ressentir toute la douleur et la déception de ce dernier au cours de la fameuse cérémonie.
Carlos Lorenzo nous offre une interprétation d’une grande justesse. Il habite complètement son personnage et cela se sent quand il joue. Sa ressemblance avec les photos du vrai Montgomery Clift projetées sur la scène est frappante. Bien sûr, ils n’ont pas le même physique mais Carlos Lorenzo réussit à se fondre dans le corps de l’acteur américain.
Cette réussite, il la doit en partie à Alberto Velasco. Ce jeune metteur en scène/chorégraphe a monté une mise en scène sobre et efficace. Il n’hésite pas lors de la cérémonie des Oscars à abolir le quatrième mur, cette frontière invisible séparant l’acteur du spectateur. Un moment d’une grande émotion ! Carlos Lorenzo joue un homme au bord de l’abîme, ravagé par l’alcool qui doit se reconstruire au sens propre comme au sens figuré après son accident de voiture et qui tente d’assumer son homosexualité à une époque où les maccarthystes accusent les homosexuels de menacer l’Amérique.
Malgré tout cela, Montgomery Clift continue d’avancer. Il projette même de jouer au théâtre La mouette de Tchekhov au côté d’Elisabeth Taylor, sa grande amie, quitte à payer la production de ses propres deniers. Cliff n’est pas un biodrame sur Montgomery Clift même si Alberto Conejero s’est largement documenté sur l’acteur avant d’écrire sa pièce. Il ne l’a cependant pas intitulé Clift mais Cliff (la falaise dans la traduction française), pour indiquer que si l’œuvre est proche de l’acteur américain, elle n’en est pas pour autant une biographie. Comme il l’explique lors d’un entretien : « Ce ne fut pas un choix. Cliff est né dans un moment de crise, de recherche. Monty (Montgomery Clift) est apparu pour parler de chacun de nous, de la manière dont le masque pèse, ce que certains traduisent par les exigences de notre vocation ». 
Cliff laisse entrevoir les affres de la douleur derrière le scintillement des feux de la rampe d’Hollywood. James Dean et Marilyn Monroe s’y sont brûlé les ailes. Montgomery Clift n’en sort pas non plus indemne. La superbe musique de Mariano Marín nous plonge dans la nostalgie de ce cinéma des années 50 et nous émeut au point de ressentir le désespoir du comédien. On a de la compassion pour ce personnage vulnérable. Derrière le vernis craquelé, apparait un monde sans pitié, dévoreur et destructeur.
Malgré cela « The show must go on » et le personnage répète, comme un mantra, au fil de son monologue : « comment ne puis-je pas être Montgomery Clift ? ».

Sabine Fresno

 

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Tous les dimanches du mois de novembre à 13h
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C/ Palos de la Frontera 5 - Métro Palos de la Frontera

 

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