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Culture
THEATRE : RINOCERONTE. Une farce tragique !

 

Le rhinocéros à une corne est-il celui d’Afrique ou d’Asie ? Pendant que les protagonistes de la pièce d’Eugène Ionesco, s’interrogent sur des futilités, la transformation des hommes en rhinocéros, se propage. 
Le dramaturge franco-roumain dénonce, par le biais du théâtre de l’absurde, les régimes totalitaires qui transforment les hommes en monstres. « Le propos de la pièce a bien été de décrire le processus de la nazification d’un pays ainsi que le désarroi de celui qui, naturellement allergique à la contagion, assiste à la métamorphose mentale de sa collectivité. Originairement, la « rhinocérite » était bien un nazisme. Le nazisme a été, en grande partie, entre les deux guerres, une invention des intellectuels, idéologues et demi-intellectuels à la page qui l’ont propagé. Ils étaient des rhinocéros. », explique-t-il dans son ouvrage Notes et contre-notes.  Le danger de tomber dans la pensée unique et la conformité n’est jamais très loin. « Je crois qu’il existe des « rhinocérisations » de tous types. Par exemple, cet engouement de tous pour les technologies, les réseaux sociaux, le téléphone portable, toutes ces choses sans lesquelles, si nous ne les avons pas, nous n’existons pas, est une « rhinocérisation » de la technologie absolue », nous dit Pepe Viyuela alias Bérenger, le seul personnage de la pièce à ne pas se transformer et donc à ne pas se conformer. Pourtant Bérenger est l’incarnation de l’antihéros par excellence. Il est alcoolique, mal dans sa peau, angoissé, peu soigné. C’est un homme quelconque, commun, à côté des autres personnages de la pièce au caractère plus affirmé, comme celui de Jean. Il est présenté comme étant son ami, pourtant leurs échanges verbaux sont plutôt houleux. 
Dans le 1er acte ils se croisent et s’entrecroisent avec le dialogue entre le logicien et le vieux monsieur, rendant ardu le suivi des conversations. Le théâtre de l’absurde d’Ionesco et de Beckett se caractérise, en effet, par l’usage d’un langage rendant impossible toute conversation normale. Pas facile donc de le mettre en scène. Mais Ernesto Caballero s’en sort plutôt bien. Il réussit à faire entendre le texte et propose, en sus, d’intéressantes trouvailles scéniques comme celle de faire jouer les acteurs au milieu des spectateurs au 1er acte ou bien celle de cacher les visages derrière des masques blancs et lisses, effaçant ainsi toute trace d’humanité. Le maquillage pour la transformation en rhinocéros de Jean est, quant à lui, saisissant de vérité. D’autant plus vrai que l’acteur, Fernando Cayo, met toute son énergie dans sa métamorphose. La force physique et la puissance du pachyderme en deviennent palpables. 
L’œuvre d’Ionesco est angoissante. Tout le long de la représentation, Ernesto Caballero et son équipe artistique parviennent à maintenir son atmosphère inquiétante. La musique de Luis Miguel Cobo et l’ingénieuse scénographie du deuxième acte, avec la mise en place d’une série d’escaliers métalliques où claquent les pas précipités des acteurs, accentuent cette sensation de panique face à la transformation exponentielle des hommes en rhinocéros. On tremble alors pour Bérenger, déchiré entre son envie de rejoindre le troupeau des pachydermes pour être comme tout le monde et celle de faire face à cette contagion et de rester un être humain. 

 

INFOS PRATIQUES

 

Jusqu’au 8 février
Teatro María Guerrero  
Calle de Tamayo y Baus, 4 - Métro : Colón, Banco de España et Chueca

 

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